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L’infestation des colonies d’abeilles par Varroa destructor est une source de préoccupation majeure pour les apiculteurs et apicultrices. Cet acarien ectoparasite s’est propagé de l’abeille asiatique (Apis cerana) aux populations d’Apis mellifera en Europe dans les années 1970.
Varroa destructor est, initialement, un acarien ectoparasite de l’abeille asiatique (Apis ceranae), espèce avec laquelle il a coévolué pour aboutir à une relation hôte/parasite équilibrée. Au milieu du XXème siècle, Varroa destructor s’adapte à un nouvel hôte… Apis mellifera. S’en est suivi une propagation rapide à travers l’Europe dans les années 1970. Ce parasite est ainsi devenu une source de préoccupation pour l’apiculture car il est une cause principale d’affaiblissement et de mortalité des colonies d’abeilles mellifères. La gestion de l’infestation dans les ruchers est devenue un enjeu majeur pour l’apiculture.

Le cycle de vie du varroa comprend deux phases distinctes : une phase de phorésie sur les abeilles adultes et une phase de reproduction au sein des cellules de couvain operculées des mâles et des ouvrières.
Lors de la phase de reproduction, la femelle varroa appelée aussi fondatrice pénètre dans une cellule contenant une larve de 5 jours. Après L’operculation de l’alvéole, la femelle fondatrice pond un premier œuf, normalement non fécondé, qui se développe en un individu mâle. Suivront ensuite les œufs fécondés qui donneront des femelles. Au sein de l’alvéole, le mâle fécondera ses sœurs. La durée de développement est d’environ 5,8 jours pour les femelles et 6,6 jours pour les mâles (Martin, 1994). A l’émergence de la jeune abeille, à l’issue des 21j de développement pour les ouvrières et 24j pour les faux-bourdons, les varroas femelles sortiront de la cellule et passeront en phase de phorésie (parasitisme des abeilles adultes) avant d’aller parasiter une nouvelle larve. La phorésie permet notamment aux varroas de profiter de la dérive ou du pillage pour se disséminer (Mondet et al, 2016 ).

L’infestation par varroa peut entraîner selon le niveau d’infestation des conséquences néfastes importantes à l’échelle des individus, parmi celles-ci on peut citer une réduction de leur espérance de vie, un métabolisme perturbé, une diminution de leurs capacités reproductives et une sensibilité accrue aux infections virales telles que le virus des ailes déformées (DWV) et le virus de la paralysie aiguë des abeilles (ABPV). Ces perturbations individuelles se répercutent à l’échelle coloniale avec des effets sur la dynamique de développement, la récolte des ressources et donc sur la production de miel, jusqu’à aboutir à un effondrement progressif et la mortalité des colonies (Mondet et al, 2016 ; Kretzschmar et al, 2016).
Martin, S.J. Ontogenesis of the mite Varroa jacobsoni Oud. in worker brood of the honeybee Apis mellifera L. under natural conditions. Exp Appl Acarol 18, 87–100 (1994). https://doi.org/10.1007/BF00055033
Mondet F. 1,2, Maisonnasse A. 2,3, Kretzschmar A. 4 , Alaux C.1,2, Vallon J.2,5, Basso B.2,5 , Dangleant A.2,5, Le Conte Y. 1,2. Varroa : son impact, les méthodes d’évaluation de l’infestation et les moyens de lutte. Innovations Agronomiques 53 (2016), 63-80
Kretzschmar A.1,5, Maisonnasse A.2,5, Dussaubat C.1,5 , Cousin M.3,5 , Vidau C.4. Performances des colonies vues par les observatoires de ruchers. Innovations Agronomiques 53 (2016), 81-93
Le dénombrement de chutes naturelles de varroas sur lange ou la mesure du taux de varroas phorétiques pour cent abeilles (VP/100ab) sont les indicateurs du taux d’infestations des colonies les plus employés. Alors que l’infestation ne peut pas être correctement évaluée sur les abeilles par simple observation visuelle au cours d’une visite, avoir recours à ces indicateurs est primordial. En effet l’observation de varroas sur les abeilles et de symptômes associés apparaissent tardivement lorsque l’infestation est déjà critique pour les colonies.
La mesure, quel que soit l’indicateur, peut-être imprécise à l’échelle de la colonie. Des mesures peuvent donner dans certains cas des valeurs de varroas élevées alors que l’infestation totale est faible et inversement. Il faut garder à l’esprit que ces mesures sont très dépendantes de l’état populationnel des colonies (population totale et ratio abeille/couvain) qui peut varier selon la ruche et l’environnement. Pour avoir une estimation de l’état parasitaire d’un rucher, des mesures doivent être réalisées sur plusieurs colonies (au moins 8 colonies sur des ruchers supérieurs ou égal à 20 ruches, 5 colonies pour un rucher de 10 ruches et toutes les colonies pour un rucher de taille inférieure).
Cette méthode consiste à quantifier le nombre de varroas tombant de la grappe d’abeilles comme indicateur de la taille de leur population. La pression parasitaire résultant de la quantité de varroas est donc fortement dépendante de la taille de la colonie (à prendre en considération dans l’interprétation du résultat). La ruche doit être équipée d’un plancher totalement grillagé sous lequel un compartiment, inaccessible aux abeilles, permet d’accueillir une plaque amovible avec lange graissé pour empêcher les varroas et fourmis de se déplacer. Le nombre de varroas ayant chuté sera comptabilisé au bout de 3 à 7 jours. Les chutes journalières pouvant fluctuer, il est conseillé de réaliser ce comptage sur une durée d’au moins 14 jours soit 2 à 4 comptages pour un résultat stabilisé. Le nombre total de varroa comptés sera divisé par le nombre de jours de suivi pour obtenir un nombre de chutes quotidiennes. Au-delà de 50 varroas présents sur le lange, l’emploi d’une grille de lecture « VarEval » permet de faciliter et réduire le temps de comptage (Nombre de varroas comptés X 2,25 = nombre réel de Varroas sur le lange).

Le VP/100ab mesure la concentration de varroas. Contrairement au comptage sur lange, il n’est pas nécessaire de prendre en compte la taille de la colonie pour estimer la pression parasitaire et la mesure peut se fait sur une seule visite. Le principe consiste à réaliser un échantillonnage d’environ 300 abeilles (42g ou 100ml) prélevées sur un cadre de couvain ouvert avec un stade larvaire avancé, avant que les varroas ne soient décrochés de celles-ci par l’emploi de différentes méthodes avec leurs avantages et inconvénients (lavage au détergent ou à l’alcool, anesthésie au CO2 ou décrochage au sucre glace) puis comptabilisés.

Des mesures d’infestations à des périodes clés de l’année (sortie d’hiver, avant miellée d’été et à l’automne) permettent de s’assurer que les ruchers ne dépassent pas les seuils critiques d’infestation :

Selon les niveaux d’infestations différentes parcours de transhumance et stratégies de traitements pourront être mis en place…
Exemples :
En France, 14 médicaments vétérinaires avec AMM (6 molécules acarides) peuvent être employés dans la lutte contre Varroa destructor. Ces médicaments peuvent être classés en différentes catégories selon leur mode d’actions, durée de traitement et leur emploi possible en Apiculture Biologique. Des points de vigilance sont à noter pour l’ensemble des médicaments.
Point de vigilance : pertes d’efficacités en lien avec l’état populationnel des colonies et apparition de phénomènes de résistances
Point de vigilance : Nécessitée de renouveler les traitements à mi-parcours, perte d’efficacité pour le thymol avec un emploi récurrent et effets néfastes observés à fortes températures et particulièrement pour le formic pro (pertes de reines et mortalité du couvain)
Point de vigilance : Pour une efficacité optimale, le médicament vétérinaire doit uniquement être utilisé lorsque le couvain est absent ou à son plus faible niveau
Point de vigilance : Très efficace SEULEMENT en l’absence de couvain
Pour réussir ses traitements flash à l’acide oxalique sur des colonies en présence de couvain, l’emploi de méthodes de lutte populationnelles ou biotechniques (encagement de reines 24j, retrait de couvain ou destruction de couvain) est indispensable pour les mettre hors couvain.
Cf. Cahier technique INNOV’API (partie retrait et destruction de couvain) :
Cf. APINVERNO (stratégies de lutte en hiver : hivernage en montagne ou encagement de reine) :
Cf. Guide ITSAP – Etablir sa stratégie de lutte contre Varroa :
à la fin de la dernière miellée (juillet/août) et en période hivernale (décembre) plus propice à une rupture naturelle de couvain selon les secteurs. Un traitement d’hiver efficace permet d’aborder la saison en toute sérénité et permet une plus grande latitude pour gérer Varroa en été.
Le fondement du traitement de fin d’été est d’éliminer la majeure partie des Varroas :

Le fondement du traitement d’hiver est d’éliminer la quasi-totalité des Varroas restants :
